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The good man Jesus and the scoundrel Christ, de Philip Pullman

The good man Jesus and the scoundrel Christ - Philip Pullman

Titre: The good man Jesus and the scoundrel Christ

Éditeur: Canongate

Date de publication: 2010

Langue: Anglaise

Nombre de pages: 265 pages

Quatrième de couverture (en anglais):

I think of him all the time, and he thinks of me not at all…

This is the story of two brothers. One is impassioned and one reserved. One is destined to go down in history and the other to be forgotten.

In Philip Pullman’s hands, this sacred tale is reborn as one of the most enchanting, thrilling and visionary stories of recent years.

Mon avis:

Ayant adoré la trilogie À la croisée des mondes de Philip Pullman, et ayant lu quelques Sally Lockhart dans ma jeunesse, j’attendais de pouvoir en lire plus de cet auteur, mais peut-être pas au rayon jeunesse, qui ne m’attire plus vraiment. En me promenant dans une librairie il y a quelques semaines, je suis tombé sur ce livre. Et après avoir vérifié ce que « scoundrel » voulait dire, j’ai su que je devais le lire.

Ce qu’il faut savoir sur moi, c’est que mes études m’ont mené à m’interroger sur ma foi. Ne croyez pas que je suis un religieux qui va à la messe tous les dimanches ou autres, loin de là. J’ai tout simplement vécu dans une famille catholique, et tout cela, notamment grâce au catéchisme, m’a forcément marqué. Croire en Dieu, ou en Jésus, est quelque chose de naturel, et que je n’ai jamais vraiment remis en question. Puis avec mes études, j’ai découvert l’autre face de la religion chrétienne: celle qui a su opprimer ceux qui ne pensaient pas comme elle, la facette autoritaire de ce qui ne se présente que comme un bienfaiteur de l’humanité. Puis, mes études en grec, m’ont démontré que la Bible était un texte comme les autres, un texte qui a subi des modifications au cours des siècles, une simple histoire. Et tout ceci m’a bien évidemment fait voir les choses différemment. Je n’étais plus forcément « chrétien », mes croyances sont devenues plus personnelles.

Voilà pourquoi ce livre a attiré mon attention: il me semblait que Pullman ressentait la même chose que moi face à la religion. Et je ne me suis pas trompé.

Mais je cesse ma confession, et je m’attaque au contenu du livre. The good man Jesus and the scoundrel Christ est une réécriture du mythe de Jésus. Dans la plume de Philip Pullman, il n’y a plus un seul personnage historique, mais deux: Jésus, et son frère jumeau, Christ. Le premier est en bonne santé, il est vaillant et extroverti. Le deuxième est plus chétif, plus réservé. Les deux grandissent et vivent ensemble, les deux, d’une certaine manière, vont marquer l’histoire.

Je vais d’abord parler du style de l’auteur. On ne retrouve pas ici une prose aussi imagée que dans ses autres romans. Et c’est tout à son honneur. Le livre ressemble fort aux Evangiles: il est constitué de chapitres très courts, aux titres aussi évocateurs que ceux de la lecture divine; le langage reste simple, tout en étant un peu plus recherché que la Vulgate (et heureusement); pas de fioritures, on va à l’essentiel, à l’action (au sens premier du terme). Certains n’apprécieront pas, mais pour moi, c’est un véritable respect de l’auteur envers la « version originale » du mythe.

Pour ce qui est du contenu, je pense qu’il n’y a pas plus clairvoyant que Pullman. Je citerai la critique de Philip Hensher, présente sur mon édition: « Beautifully written, humane, memorable and resonant ». Il y a beaucoup de références aux Evangiles, la plupart des épisodes sont repris, en y incluant des différences. Je ne pense pas les avoir toutes saisies, n’ayant pas lu la Bible, mais la plupart m’ont marqué, puisque je les connaissais, soit oralement soit en les ayant lus ou traduits. Globalement, elles montrent la différence du caractère entre les deux jumeaux. Jésus ne fait que « son travail », il prêche la bonne foi et l’arrivée du Royaume de Dieu aux hommes, en s’attendant à ce qu’ils fournissent un travail conséquent pour être acceptés au sein dudit Royaume. Ses réponses peuvent parfois décevoir des fidèles quelque peu « paresseux », mais elles restent honnêtes. Quant à Christ, il voit plus loin: il sait que Jésus en demande trop à ses auditeurs. Il aimerait instaurer une religion, une structure complexe, avec un chef suprême, qui pourrait répandre le bien sur Terre. Tout ce que Jésus rejette, en somme. Puis Christ reçoit la visite d’un étranger, qui s’avère être un ange. Celui-ci lui dit qu’il doit continuer à suivre son frère, qu’il doit noter tout ce qu’il prêche, qu’il écrira l’Histoire, tout en précisant qu’il y a une différence entre histoire et vérité. Christ exécutera sa tâche, en appliquant à la lettre le dernier conseil de l’étranger; l’un des passages qui m’ont le plus marqué concerne Pierre:

And Peter said « You’re the Messiah. »

« Is that what you think? » said Jesus. « Well, you’d better hold your tongue about it. I don’t want to hear that sort of talk, you understand? »

When Christ heard about this he hardly knew how to record it for the Greek stranger. (…) Finally, he gatherd himself and wrote down what the disciple had told him, up to the point where Peter spoke. Then a thought came to him, and he wrote something new. Knowing how highly Jesus regarded Peter, he wrote that JEsus had praised him for seeing something that only his Father in heaven could have revealed, and that he had gone on to make a pun on Peter’s name, saying that he was the rock on which Jesus would build his church. That church would be so firmly established that the gates of hell would not prevail against it. Finally, Christ wrote that Jesus had promised to give Peter the keys of heaven.

J’ai pu trouver quelques passages un peu longs, mais à mon avis, ce n’est pas parce qu’ils étaient mauvais, simplement parce que ma culture chrétienne n’est pas assez élargie pour les saisir dans leur totalité. Néanmoins, je n’ai pas réussi à décrocher dès que l’heure de la capture et de la crucifixion de Jésus arrive. C’est ici que Christ joue son plus grand rôle. Je ne vais pas vous le dévoiler, ce serait un trop grand spoiler, mais j’ai trouvé que cette nouvelle vision de la mort de Jésus était étonnante, captivante et touchante.

J’ai également apprécié la note de Philip Pullman à la fin de l’ouvrage, expliquant son ressenti face à cette mythologie chrétienne et nous avouant, d’une certaine manière, sa foi. The good man Jesus and the scoundrel Christ est loin d’être un livre qui se veut contre Dieu. Bien au contraire, il cherche à remettre Dieu au centre des attentions de l’église, à distinguer la figure divine, bienveillante et personnelle à chacun, de la religion qui a été construite autour d’elle, et qui a souvent été source de malheur pour certains (pensons simplement aux affaires de pédophilie qui secouent actuellement le Vatican et son organisation). Pour tout cela, je ne peux qu’admirer cette œuvre, délivrant une vision humaine et touchante de l’histoire de Jésus.

Pour vous le prouver, je vais finir ma chronique sur un passage issu d’un moment de doute de Jésus, qui ne sait plus s’il peut croire en Dieu. C’est poétique, et tout simplement beau. Jugez par vous-mêmes:

« And slander’s what it is; you made this world, and it’s lovely, every inch of it. When I think of the things I’ve loved I find myself choking with happiness, or maybe sorrow, I don’t know; and every one of them has been something in this world that you made. If anyone can smell frying fish on an evening by the lake, or feel a cool breeze on a hot day, or see a little animal trying to run around and tumbling over and getting up again, or kiss a pair of soft and willing lips, if anyone can feel those things and still maintain they’re nothing but crude imperfect copies of something much better in another world, they are slandering you, Lord, as surely as words mean anything at all. But then they don’t think words do mean anything; they’re just tokens to play sophisticated games with. Truth is this, and truth is that, and what is truth anyway, and on and on they go, theese bloodless phantoms. »

(En fait, je pourrais citer bien plus de passages aussi émouvants et touchants que ceux-ci… mais je vais m’arrêter là.)