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Lolita, de Vladimir Nabokov

Lolita - Vladimir Nabokov

Titre: Lolita

Éditeur: Folio

Date de publication: 1977

Langue: Française

Langue originale: Anglaise

Traduit par: E. H. Kahane

Nombre de pages: 502 pages

Quatrième de couverture :

Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta: le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Lo. Li. Ta.

Elle était Lo le matin, Lo tout court, un mètre quarante-huit en chaussettes, debout sur un seul pied. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur le pointillé des formulaires. Mais dans mes bras, c’était toujours Lolita.

Mon avis:

Lolita est un livre que j’ai commencé il y a très, très longtemps. Je ne saurais dire exactement quand, mais je sais que quand je l’ai repris cet hiver, j’étais déjà à une centaine de pages lues, et je ne l’ai fini qu’à la fin du mois de mai. Pourtant, je ne peux pas vraiment dire que je n’ai pas aimé ce livre. À vrai dire, c’est beaucoup plus complexe – et je pense que c’est ce que pensent la plupart des lecteurs de ce roman.

Tout d’abord, j’attrape ce livre (qui appartient en fait à ma mère) et je lis la quatrième de couverture. Vous pouvez vous-même juger: n’est-ce pas tout simplement sublime? Le style est somptueux et ces quelques lignes (les premières du roman, d’ailleurs) restent énigmatiques: on y retrouve clairement la passion amoureuse (magnifiquement décrite, tout de même), mais liée à une jeune fille, qui fréquente encore l’école. De quoi titiller l’esprit du curieux que je suis – et qui n’est pas du tout effrayé par ce qu’il pourrait découvrir dans ce livre.

Pour vous faire comprendre l’essence de Lolita, il faudrait que je vous résume l’action le plus rapidement possible. Mais je vous avertis: il va falloir que je spoile. Rassurez-vous, pas beaucoup – je ne vais pas vous raconter toute l’histoire. Le roman raconte, à la première personne, l’arrivée de Humbert Humbert, un homme d’une quarantaine d’années, aux États-Unis, le personnage étant à la base européen. Il est hébergé chez Charlotte Haze, une femme veuve, à peu près du même age que Humbert. Charlotte vit seule avec sa fille, Dolorès, toute jeune adolescente (les Latins diraient adulescentula et ça rend bien l’idée), surnommée Lolita. Et c’est bien celle-ci qui intéresse le plus Humbert.

De fil en aiguille, une relation va se créer entre les deux personnages. Ce n’est d’abord qu’une sorte d’amitié entre un homme et une jeune fille, ne contenant a priori rien de malsain. Puis on assiste à une évolution, qui mènera les deux personnages à devenir amants, bien que Humbert devienne, en quelque sorte, le père de Lolita (mais je ne vous dirai pas pourquoi, vous le découvrirez en lisant le livre!).

La narration est donc axée sur la relation amoureuse qu’entretiennent Lolita et Humbert. C’est bien de la pédophilie: mais jamais Nabokov nous présente Dolly comme une pauvre jeune fille torturée et violée. Bien au contraire, le personnage est intriguant: elle aime se jouer de Humbert, elle-même se jette dans ses bras et sait à peu près ce qui l’y attend. Il n’y a aucun doute, comme Humbert le raconte, que Lolita l’aime. Malgré tout, on sent que l’insouciance de Lolita s’effrite peu à peu; on ne comprend cependant sa tristesse – ou du moins une partie de celle-ci – qu’à la fin du roman, quand tout est joué.

C’est d’ailleurs ce dernier point qui me fait dire que Nabokov est un génie. Je n’ai jamais ressenti du dégoût pour Humbert. Jamais leur relation n’est présentée comme violente ou allant contre la morale. C’est définitivement très perturbant: on apprécie le style, on trouve que les descriptions sont talentueuses et touchantes, mais elles s’appliquent à un acte que notre conscience ne peut pas accepter, à un acte qui est vu comme des plus ignobles par toute la société. Alors, ce livre peut-il être vu comme une défense de la pédophilie? Je ne le pense pas, d’autant plus que plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte que Humbert est définitivement malade (mentalement, entendons-nous). Plus que pédophile, le personnage principal est paranoïaque, et sûrement dépressif.

Avant de terminer, je m’attarderai également sur la question du style de Nabokov. J’en ai déjà parlé, parce que le livre, dans sa traduction française du moins est vraiment sublime et poétique. Certes, certains la trouvent un peu lourde, et on ne peut pas vraiment dire qu’ils aient tort: le traducteur utilise beaucoup de mots « compliqués » et construit des phrases pas forcément évidentes non plus. D’après ce que l’on m’a dit (merci Lau!), le vocabulaire utilisé en anglais est plus sobre; mais il me semble que c’est une constante dans la littérature anglophone, qui dit tout simplement ce qu’elle a à dire, contrairement au français, aimant les constructions plus recherchées. C’est un choix, mais je pense que la nouvelle traduction, datant de 2001, pourrait plaire à un plus grand nombre.

Pour conclure cette chronique, je dirai que j’ai aimé Lolita, même si j’y étais beaucoup plus accroché au début qu’à la fin du roman. L’histoire a parfois tendance à traîner en longueur, on assiste aux mêmes événements, jusqu’à un élément perturbateur qui relancera le périple de Humbert et Lo; puis on retombe dans le même cycle. C’est à peu près le seul point négatif que je lui trouve. Lolita reste cependant une lecture dérangeante et qui pourra ne pas plaire à tout le monde – ce qui est fort compréhensible.

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