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Les chroniques des livres que j’ai lus!

Starter for Ten, de David Nicholls

Starter for Ten

Titre: Starter for Ten

Éditeur: FLAME / Hodder & Stoughton

Date de publication: 2004

Langue: Anglaise

Nombre de pages: 473 pages

Quatrième de couverture (en anglais):

Q. What does a woman really look for in a man?

A. Advanced general knowledge, of course.

1985. First-year student and Kate Bush fan Brian falls for beautiful University Challenge queen Alice Harbinson in a brilliant comedy of love, class, growing-up, and the all-important difference between knowledge and wisdom.

Starter For Ten is the funniest book of the year, but for Brian Jackson, true love is no laughing matter…

Mon avis:

Je n’ai pas posté beaucoup de chroniques ces derniers temps. Pourtant, j’ai deux ou trois livres à chroniquer; j’avoue que j’ai été un peu paresseux ces derniers temps. C’est l’été, c’est pour ça. Voilà. Bref.

Starter for Ten est un de ces livres! D’ailleurs, c’est un livre voyageur. Je l’ai découvert au mois de juin (si je ne m’égare pas) dans ma boîte aux lettres. J’étais vraiment surpris d’y trouver un livre, vu que je n’avais rien commandé sur The Book Depository… Il se trouve que c’est en fait un cadeau! Oui, vous avez bien lu 😀 Lauranne, l’amie qui m’avait recommandé One Day, m’a offert son exemplaire de Starter for Ten, qui est aussi de David Nicholls. Cette attention m’a sérieusement énormément touché, et elle le sait, mais je le redis encore: merci Lau! 🙂

Donc, comme je le disais ce livre a voyagé. D’après ce que m’a dit Lau, elle l’a acheté d’occasion en Écosse, elle-même l’a lu en Espagne. Il est ensuite retourné au Royaume-Uni pour finalement débarquer en Suisse, et être transporté jusqu’au Portugal, où il a été lu. J’espère que ce livre est heureux d’avoir vu autant de paysages, huhu.

Mais venons-en à ce qui vous intéresse vraiment, à savoir: le livre! Il raconte l’arrivée de Brian Jackson dans une université britannique prestigieuse. Là-bas, il va vivre plusieurs expériences: la première sera de tomber amoureux d’Alice Harbinson, la deuxième de participer au jeu télévisé University Challenge, qui est une sorte de concours testant la culture générale des plus grandes universités du Royaume. Brian fera donc de son mieux pour séduire Alice, qui participe également au concours. Il rencontrera également d’autres personnes, comme Rebecca Epstein, une sympathique Juive politiquement engagée, Lucy et Patrick, les autres membres de l’équipe du Challenge, ou encore ses colocataires.

Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié le personnage de Brian. Je le trouve plutôt original. C’est un orphelin de père, plutôt boutonneux, qui a envie de tout connaître. Et dont la vie sexuelle ressemblerait plutôt à « Cent ans de solitude », comme il le suggère à Alice quand celle-ci est en train de lire ce livre. Pour moi, ça a vraiment été un personnage attachant, et j’ai beaucoup apprécié son humour. Comme le roman est écrit à la première personne, il est difficile de ne pas rire du début à la fin du livre. Néanmoins, il y a d’autres passages où j’ai trouvé Brian très profond – bien évidemment, il est intelligent. – et où je pouvais facilement me reconnaître, comme par exemple, cet extrait.

‘Well, I really value my independence, too!’ I say, though this is of course a lie of absolutely epic proportions, because what am I supposed to do with independence? You know what ‘independence’ is? ‘Independence’ is staring at the ceiling in the middle of the night with your fingernails digging into the palms of your hand. ‘Independence’ is realising that the only person you’ve spoken to all day is the man in the off-licence. ‘Independence’ is a value meal in the basement of Burger King on a Saturday afternoon. When Alice talks about ‘independence’ she means something completely different. ‘Independence’ is the luxury of all those people who are too confident, and busy, and popular, and attractive to be just plain old ‘lonely’.

And make no mistake, lonely is absolutely the worst thing to be. Tell someone that you’ve got a drink problem, or an eating disorder, or your dad died when you were a kid even, and you can almost see their eyes light up with the sheer fascinating drama and pathos of it all, because you’ve got an issue, something for them to get involved in, to talk about and analyse and discuss and maybe even cure. But tell someone you’re lonely and of course, they’ll seem sympathetic, but look very carefully and you’ll see one hand snaking behind their back, groping for the door handle, ready to make a run for it, as if loneliness itself were contagious. Because being lonely is just so banal, so shaming, so plain and dull and ugly.

De même les autres personnages sont tous intéressants. Alice Harbinson pourrait être le stéréotype de la jeune cheerleader américaine écervelée, mais elle est beaucoup plus compliquée que ça. Ce qui rend le personnage plus intéressant, et de même pour ce qui se passe entre elle et Brian – même si l’on ne cesse de se demander au long du livre s’ils sont vraiment faits l’un pour l’autre. Rebecca Epstein, d’un autre côté, est également un personnage attachant: on a tous un/e ami/e politiquement engagé/e et au caractère un peu fort. Il en va de même pour le reste des personnages du roman: si vous êtes (ou êtes allés) à l’Université, vous avez forcément rencontré des personnes partageant des traits communs avec les connaissances de Brian.

J’ai également beaucoup apprécié la façon dont l’auteur décrit les relations dans le livre. David Nicholls sait retranscrire des émotions avec une facilité et une finesse impressionnante. Par exemple, la relation entre Brian et sa mère est étonnante de réalisme: alors qu’un auteur un peu moins intelligent aurait pu sombrer dans quelque chose de mièvre (l’orphelin qui déborde d’amour pour sa mère) ou de pathétique (l’orphelin qui hait sa mère), Nicholls dépeint quelque chose de plus subtil, de plus difficile à décrire. Il en va de même pour toutes les relations qu’entretient Brian. J’aurais du mal à en parler clairement, mais je pense que si vous avez mon âge (et celui de Brian, par conséquent), vous verrez de quoi je veux parler.

Les thèmes du livre m’ont aussi touché. Encore une fois, comme pour One Day, c’est parce que je me reconnais dans la plupart des thématiques exploitées dans le livre. On parle d’université, de début dans la vie étudiante, de recherche de soi, etc. Si One Day m’avait plu sur ce point-là, Starter for Ten me ravit plus, puisque le héros est un homme. Et c’est bête, mais oui, je m’identifie plus à un héros mâle qu’à un héros féminin (parce que je n’ai pas vraiment la vie de Dexter, en fait). Je vais d’ailleurs encore citer un passage du livre, une réflexion de Brian:

I know the difference between a pterosaur, a pteranadon, a pterodactyl and a ramphorhynchus. I know the Latin name for most of the common domestic British birds. I know the capital cities of nearly every country in the world, and most of the flags too. I know that Magdalen College is pronounced Maudlin College. I know the complete plays of Shakespeare except Timon of Athens, and the complete novels of Charles Dickens except Barnaby Rudge, and all the Narnia books, and the order in which they were all written, approximate in the case of Shakespeare. I know every lyric of every song Kate Bush has ever recorded, including B-sides, as well as the highest chart position of every single she’s released. I know all the French irregular verbs, and where the phrase ‘toe the line’ comes from, and what the gall bladder’s for, and how oxbow lakes are formed, and all the British monarchs in order, and the wives of Henry VIII and their fate, the difference between igneous, sedimentary and metamorphic rocks, and the dates of the major battles of the War of the Roses, the meanings of the words ‘albedo’, ‘peripatetic’ and ‘litotes’, and the average number of hairs on a human head, and how to crochet, and the difference between nuclear fission and fusion and how to spell deoxyribonucleic and the constellations of the stars and the population of the earth and the mass of the moon and the workings of the human heart. And yet the important and most basic things, like friendship, or getting over Dad dying, or loving someone, or just simply being happy, just being good and decent and dignified and happy, seem to be utterly and completely beyond my comprehension. And it occurs to me that I’m not clever at all, that in fact I am without a doubt the most ignorant, the most profoundly and hopelessly stupid person in the whole world.

Et je vais m’arrêter ici. Je ne sais plus quoi dire sur ce livre, parce que je l’ai lu il y a trop longtemps. Mais il a vraiment été un coup de coeur pour moi: il est intelligent, touchant et drôle. Je le recommande à tout le monde, vivement! (Le seul point négatif étant qu’il n’a pas (encore) été traduit en français.)

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Pride & Prejudice, de Jane Austen

Pride & Prejudice

Titre: Pride & Prejudice

Éditeur: Penguin Classics

Date de publication: 1813 (1ère édition), 2006 (Penguin Classics)

Langue: Anglaise

Nombre de pages: 428 pages

Quatrième de couverture (en anglais):

First impressions aren’t always the best…

Lizzy’s embarrasing mother is determined to pair her off as soon as possible. But when she’s introduced to the highly eligible bachelor Darcy, Lizzy decides he is far too aloof for her liking. He, for his part, seems totally indifferent to her. Then she discovers that he’s been meddling in her family’s affairs, and is determined to dislike him more than ever.

But what are Darcy’s real motives? Is he more interested in Lizzy than he’ll care to admit? And could pride stop them both from admitting what they really feel?

Mon avis:

La première fois que je chronique un classique. (Grande émotion). Ceux qui me suivent savent (ou peut-être pas, peu importe) que je participe actuellement au Challenge Austenien lancé par Mlle Allice. Le premier livre que j’ai donc décidé de lire de cette auteure a été Pride & Prejudice (alias Orgueil et Préjugés) (et s’il vous plaît: Prejudice avec un i, pas Prejudaïce, je me suis déjà fait réprimander à cause de ce détail :P). Pourquoi? Parce que j’ai déjà vu l’adaptation cinématographique de 2005, et que Elizabeth (enfin Keira Knightley, à vrai dire) et Mr Darcy m’ont fasciné. Je vous livre maintenant mes impressions sur le livre, 3 mois après avoir commencé sa lecture (ho non, je ne suis pas lent. Du tout.).

Je vais tout d’abord relever, bien évidemment, le style de Jane Austen. Même si le livre date du XIXe siècle (tout début du siècle, d’autant plus), l’anglais n’est pas vraiment difficile à comprendre. Certes, c’est différent de ce que j’ai pu voir dans One Day, l’anglais de Ms Austen semble plus académique, ou en tout cas plus recherché. Mais on s’y fait vite, et surtout, ça a été une joie, pour moi, de découvrir que la littérature anglaise, même moderne, privilégie tout autant un style direct, loin des fioritures francophones. J’ai également beaucoup apprécié  l’ironie dissimulée à de très nombreuses reprises dans des répliques qui pourraient sembler anodines.

Pour ce qui est de l’histoire, j’avoue avoir eu quelques difficultés. À certains passages, il me semble qu’il ne se passe pas grand-chose et que tout ce que je lis ne sert pas à faire avancer l’action. Dans cette optique, toute la première partie a été un peu difficile à surpasser, notamment parce que je n’aimais vraiment pas Mr Collins, et que Darcy n’était définitivement pas assez présent. Cependant, je vous rassure: passée cette première partie un peu longue, le livre est très bien construit et l’histoire devient, pour moi, plus intéressantes.

À propos des personnages, je peux dire qu’il y en a beaucoup, et pour tous les goûts. À part l’exception que je viens de citer et Lady Catherine de Bourgh, j’ai aimé la plupart des personnages. La famille Bennet est certes spéciale, mais charmante! Entre Jane et Liz, très posées et décidées, et leurs soeurs cadettes (sauf Mary), plutôt mouvementées et insouciantes, il y a là toute une panoplie de caractères qui ne peut pas nous ennuyer, sans compter encore les positions si différentes sur leurs affaires familiales de Mr et Mrs Bennet. De même, la famille Lucas était agréable; une partie des Bingleys était par contre moins supportable. Néanmoins, j’ai vraiment été fasciné par l’histoire d’amour que vivent Darcy et Elizabeth. Celle de Jane et Bingley est certes charmante, celle de Lydia et Wickham presque exaspérante, mais les deux restent prévisibles. L’amour qui naît entre Liz et Darcy est quant à lui bien différent, et les états d’âme d’Elizabeth, qui commence par haïr Darcy puis par l’apprécier peu à peu, sont très bien décrits par Austen, qui semble vouloir donner une dimension réaliste au livre.

Maintenant que je reprends cette chronique, je me rends compte que je n’arrive pas à retrouver la plupart des observations et commentaires que je voulais partager dans ma chronique. Pride & Prejudice a été une lecture agréable, quelquefois un peu difficile. Je me suis facilement attaché aux personnages principaux, et aucun d’entre eux ne m’a laissé différent (mes amis Facebook et Livraddict se rappellent peut-être d’un de mes statuts, où je m’emportais légèrement contre Lady Catherine de Bourgh). Le livre est également une excellente représentation de l’univers social anglais du XIXe, avec tout ce qu’une telle société implique pour les femmes: le mariage. Pride & Prejudice retrace jusqu’où cette aventure peut mener, pour le meilleur ou pour le pire, sans être un livre moralisateur.

The good man Jesus and the scoundrel Christ, de Philip Pullman

The good man Jesus and the scoundrel Christ - Philip Pullman

Titre: The good man Jesus and the scoundrel Christ

Éditeur: Canongate

Date de publication: 2010

Langue: Anglaise

Nombre de pages: 265 pages

Quatrième de couverture (en anglais):

I think of him all the time, and he thinks of me not at all…

This is the story of two brothers. One is impassioned and one reserved. One is destined to go down in history and the other to be forgotten.

In Philip Pullman’s hands, this sacred tale is reborn as one of the most enchanting, thrilling and visionary stories of recent years.

Mon avis:

Ayant adoré la trilogie À la croisée des mondes de Philip Pullman, et ayant lu quelques Sally Lockhart dans ma jeunesse, j’attendais de pouvoir en lire plus de cet auteur, mais peut-être pas au rayon jeunesse, qui ne m’attire plus vraiment. En me promenant dans une librairie il y a quelques semaines, je suis tombé sur ce livre. Et après avoir vérifié ce que « scoundrel » voulait dire, j’ai su que je devais le lire.

Ce qu’il faut savoir sur moi, c’est que mes études m’ont mené à m’interroger sur ma foi. Ne croyez pas que je suis un religieux qui va à la messe tous les dimanches ou autres, loin de là. J’ai tout simplement vécu dans une famille catholique, et tout cela, notamment grâce au catéchisme, m’a forcément marqué. Croire en Dieu, ou en Jésus, est quelque chose de naturel, et que je n’ai jamais vraiment remis en question. Puis avec mes études, j’ai découvert l’autre face de la religion chrétienne: celle qui a su opprimer ceux qui ne pensaient pas comme elle, la facette autoritaire de ce qui ne se présente que comme un bienfaiteur de l’humanité. Puis, mes études en grec, m’ont démontré que la Bible était un texte comme les autres, un texte qui a subi des modifications au cours des siècles, une simple histoire. Et tout ceci m’a bien évidemment fait voir les choses différemment. Je n’étais plus forcément « chrétien », mes croyances sont devenues plus personnelles.

Voilà pourquoi ce livre a attiré mon attention: il me semblait que Pullman ressentait la même chose que moi face à la religion. Et je ne me suis pas trompé.

Mais je cesse ma confession, et je m’attaque au contenu du livre. The good man Jesus and the scoundrel Christ est une réécriture du mythe de Jésus. Dans la plume de Philip Pullman, il n’y a plus un seul personnage historique, mais deux: Jésus, et son frère jumeau, Christ. Le premier est en bonne santé, il est vaillant et extroverti. Le deuxième est plus chétif, plus réservé. Les deux grandissent et vivent ensemble, les deux, d’une certaine manière, vont marquer l’histoire.

Je vais d’abord parler du style de l’auteur. On ne retrouve pas ici une prose aussi imagée que dans ses autres romans. Et c’est tout à son honneur. Le livre ressemble fort aux Evangiles: il est constitué de chapitres très courts, aux titres aussi évocateurs que ceux de la lecture divine; le langage reste simple, tout en étant un peu plus recherché que la Vulgate (et heureusement); pas de fioritures, on va à l’essentiel, à l’action (au sens premier du terme). Certains n’apprécieront pas, mais pour moi, c’est un véritable respect de l’auteur envers la « version originale » du mythe.

Pour ce qui est du contenu, je pense qu’il n’y a pas plus clairvoyant que Pullman. Je citerai la critique de Philip Hensher, présente sur mon édition: « Beautifully written, humane, memorable and resonant ». Il y a beaucoup de références aux Evangiles, la plupart des épisodes sont repris, en y incluant des différences. Je ne pense pas les avoir toutes saisies, n’ayant pas lu la Bible, mais la plupart m’ont marqué, puisque je les connaissais, soit oralement soit en les ayant lus ou traduits. Globalement, elles montrent la différence du caractère entre les deux jumeaux. Jésus ne fait que « son travail », il prêche la bonne foi et l’arrivée du Royaume de Dieu aux hommes, en s’attendant à ce qu’ils fournissent un travail conséquent pour être acceptés au sein dudit Royaume. Ses réponses peuvent parfois décevoir des fidèles quelque peu « paresseux », mais elles restent honnêtes. Quant à Christ, il voit plus loin: il sait que Jésus en demande trop à ses auditeurs. Il aimerait instaurer une religion, une structure complexe, avec un chef suprême, qui pourrait répandre le bien sur Terre. Tout ce que Jésus rejette, en somme. Puis Christ reçoit la visite d’un étranger, qui s’avère être un ange. Celui-ci lui dit qu’il doit continuer à suivre son frère, qu’il doit noter tout ce qu’il prêche, qu’il écrira l’Histoire, tout en précisant qu’il y a une différence entre histoire et vérité. Christ exécutera sa tâche, en appliquant à la lettre le dernier conseil de l’étranger; l’un des passages qui m’ont le plus marqué concerne Pierre:

And Peter said « You’re the Messiah. »

« Is that what you think? » said Jesus. « Well, you’d better hold your tongue about it. I don’t want to hear that sort of talk, you understand? »

When Christ heard about this he hardly knew how to record it for the Greek stranger. (…) Finally, he gatherd himself and wrote down what the disciple had told him, up to the point where Peter spoke. Then a thought came to him, and he wrote something new. Knowing how highly Jesus regarded Peter, he wrote that JEsus had praised him for seeing something that only his Father in heaven could have revealed, and that he had gone on to make a pun on Peter’s name, saying that he was the rock on which Jesus would build his church. That church would be so firmly established that the gates of hell would not prevail against it. Finally, Christ wrote that Jesus had promised to give Peter the keys of heaven.

J’ai pu trouver quelques passages un peu longs, mais à mon avis, ce n’est pas parce qu’ils étaient mauvais, simplement parce que ma culture chrétienne n’est pas assez élargie pour les saisir dans leur totalité. Néanmoins, je n’ai pas réussi à décrocher dès que l’heure de la capture et de la crucifixion de Jésus arrive. C’est ici que Christ joue son plus grand rôle. Je ne vais pas vous le dévoiler, ce serait un trop grand spoiler, mais j’ai trouvé que cette nouvelle vision de la mort de Jésus était étonnante, captivante et touchante.

J’ai également apprécié la note de Philip Pullman à la fin de l’ouvrage, expliquant son ressenti face à cette mythologie chrétienne et nous avouant, d’une certaine manière, sa foi. The good man Jesus and the scoundrel Christ est loin d’être un livre qui se veut contre Dieu. Bien au contraire, il cherche à remettre Dieu au centre des attentions de l’église, à distinguer la figure divine, bienveillante et personnelle à chacun, de la religion qui a été construite autour d’elle, et qui a souvent été source de malheur pour certains (pensons simplement aux affaires de pédophilie qui secouent actuellement le Vatican et son organisation). Pour tout cela, je ne peux qu’admirer cette œuvre, délivrant une vision humaine et touchante de l’histoire de Jésus.

Pour vous le prouver, je vais finir ma chronique sur un passage issu d’un moment de doute de Jésus, qui ne sait plus s’il peut croire en Dieu. C’est poétique, et tout simplement beau. Jugez par vous-mêmes:

« And slander’s what it is; you made this world, and it’s lovely, every inch of it. When I think of the things I’ve loved I find myself choking with happiness, or maybe sorrow, I don’t know; and every one of them has been something in this world that you made. If anyone can smell frying fish on an evening by the lake, or feel a cool breeze on a hot day, or see a little animal trying to run around and tumbling over and getting up again, or kiss a pair of soft and willing lips, if anyone can feel those things and still maintain they’re nothing but crude imperfect copies of something much better in another world, they are slandering you, Lord, as surely as words mean anything at all. But then they don’t think words do mean anything; they’re just tokens to play sophisticated games with. Truth is this, and truth is that, and what is truth anyway, and on and on they go, theese bloodless phantoms. »

(En fait, je pourrais citer bien plus de passages aussi émouvants et touchants que ceux-ci… mais je vais m’arrêter là.)

Lolita, de Vladimir Nabokov

Lolita - Vladimir Nabokov

Titre: Lolita

Éditeur: Folio

Date de publication: 1977

Langue: Française

Langue originale: Anglaise

Traduit par: E. H. Kahane

Nombre de pages: 502 pages

Quatrième de couverture :

Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta: le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Lo. Li. Ta.

Elle était Lo le matin, Lo tout court, un mètre quarante-huit en chaussettes, debout sur un seul pied. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur le pointillé des formulaires. Mais dans mes bras, c’était toujours Lolita.

Mon avis:

Lolita est un livre que j’ai commencé il y a très, très longtemps. Je ne saurais dire exactement quand, mais je sais que quand je l’ai repris cet hiver, j’étais déjà à une centaine de pages lues, et je ne l’ai fini qu’à la fin du mois de mai. Pourtant, je ne peux pas vraiment dire que je n’ai pas aimé ce livre. À vrai dire, c’est beaucoup plus complexe – et je pense que c’est ce que pensent la plupart des lecteurs de ce roman.

Tout d’abord, j’attrape ce livre (qui appartient en fait à ma mère) et je lis la quatrième de couverture. Vous pouvez vous-même juger: n’est-ce pas tout simplement sublime? Le style est somptueux et ces quelques lignes (les premières du roman, d’ailleurs) restent énigmatiques: on y retrouve clairement la passion amoureuse (magnifiquement décrite, tout de même), mais liée à une jeune fille, qui fréquente encore l’école. De quoi titiller l’esprit du curieux que je suis – et qui n’est pas du tout effrayé par ce qu’il pourrait découvrir dans ce livre.

Pour vous faire comprendre l’essence de Lolita, il faudrait que je vous résume l’action le plus rapidement possible. Mais je vous avertis: il va falloir que je spoile. Rassurez-vous, pas beaucoup – je ne vais pas vous raconter toute l’histoire. Le roman raconte, à la première personne, l’arrivée de Humbert Humbert, un homme d’une quarantaine d’années, aux États-Unis, le personnage étant à la base européen. Il est hébergé chez Charlotte Haze, une femme veuve, à peu près du même age que Humbert. Charlotte vit seule avec sa fille, Dolorès, toute jeune adolescente (les Latins diraient adulescentula et ça rend bien l’idée), surnommée Lolita. Et c’est bien celle-ci qui intéresse le plus Humbert.

De fil en aiguille, une relation va se créer entre les deux personnages. Ce n’est d’abord qu’une sorte d’amitié entre un homme et une jeune fille, ne contenant a priori rien de malsain. Puis on assiste à une évolution, qui mènera les deux personnages à devenir amants, bien que Humbert devienne, en quelque sorte, le père de Lolita (mais je ne vous dirai pas pourquoi, vous le découvrirez en lisant le livre!).

La narration est donc axée sur la relation amoureuse qu’entretiennent Lolita et Humbert. C’est bien de la pédophilie: mais jamais Nabokov nous présente Dolly comme une pauvre jeune fille torturée et violée. Bien au contraire, le personnage est intriguant: elle aime se jouer de Humbert, elle-même se jette dans ses bras et sait à peu près ce qui l’y attend. Il n’y a aucun doute, comme Humbert le raconte, que Lolita l’aime. Malgré tout, on sent que l’insouciance de Lolita s’effrite peu à peu; on ne comprend cependant sa tristesse – ou du moins une partie de celle-ci – qu’à la fin du roman, quand tout est joué.

C’est d’ailleurs ce dernier point qui me fait dire que Nabokov est un génie. Je n’ai jamais ressenti du dégoût pour Humbert. Jamais leur relation n’est présentée comme violente ou allant contre la morale. C’est définitivement très perturbant: on apprécie le style, on trouve que les descriptions sont talentueuses et touchantes, mais elles s’appliquent à un acte que notre conscience ne peut pas accepter, à un acte qui est vu comme des plus ignobles par toute la société. Alors, ce livre peut-il être vu comme une défense de la pédophilie? Je ne le pense pas, d’autant plus que plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte que Humbert est définitivement malade (mentalement, entendons-nous). Plus que pédophile, le personnage principal est paranoïaque, et sûrement dépressif.

Avant de terminer, je m’attarderai également sur la question du style de Nabokov. J’en ai déjà parlé, parce que le livre, dans sa traduction française du moins est vraiment sublime et poétique. Certes, certains la trouvent un peu lourde, et on ne peut pas vraiment dire qu’ils aient tort: le traducteur utilise beaucoup de mots « compliqués » et construit des phrases pas forcément évidentes non plus. D’après ce que l’on m’a dit (merci Lau!), le vocabulaire utilisé en anglais est plus sobre; mais il me semble que c’est une constante dans la littérature anglophone, qui dit tout simplement ce qu’elle a à dire, contrairement au français, aimant les constructions plus recherchées. C’est un choix, mais je pense que la nouvelle traduction, datant de 2001, pourrait plaire à un plus grand nombre.

Pour conclure cette chronique, je dirai que j’ai aimé Lolita, même si j’y étais beaucoup plus accroché au début qu’à la fin du roman. L’histoire a parfois tendance à traîner en longueur, on assiste aux mêmes événements, jusqu’à un élément perturbateur qui relancera le périple de Humbert et Lo; puis on retombe dans le même cycle. C’est à peu près le seul point négatif que je lui trouve. Lolita reste cependant une lecture dérangeante et qui pourra ne pas plaire à tout le monde – ce qui est fort compréhensible.

One Day, de David Nicholls

One Day - David Nicholls

Titre: One Day

Éditeur: Hodder & Stoughton

Date de publication: 2009

Langue: Anglaise

Nombre de pages: 437 pages

Quatrième de couverture (en anglais):

You can live your whole life not realising that what you’re looking for is right in front of you.

15th July 1988. Emma and Dexter meet on the night of their graduation. Tomorrow they must go their separate ways.

So where will they be on this one day next year? And the year after that?

And every year that follows?

Mon avis:

Avant de commencer à vous parler plus proprement du livre, je pense qu’il vaudrait mieux que je contextualise un peu, et que je vous raconte comment ce livre a débarqué dans ma vie. Parce qu’il est arrivé à un moment propice, si je puis dire.

Au départ, l’idée de lire un livre en anglais est apparue alors que je discutais avec des amis de mon envie de prendre anglais comme troisième discipline en faculté des Lettres l’année prochaine (bienvenue en Suisse). N’ayant malheureusement pas fait d’anglais durant ces trois dernières années (parce que je faisais du grec ancien [bienvenue en Suisse – bis]), j’avoue que l’idée me stressait un peu: est-ce que je pourrais être à la hauteur, même en appréciant énormément cette langue? Mes amis étant sympathiques et m’aimant beaucoup, ils m’ont rassuré et m’ont dit que je pouvais lire des livres en anglais maintenant pour voir si je m’en sortais. J’en ai par la suite parlé à une autre amie, étudiante en anglais, qui elle m’a déconseillé la lecture des classiques (ce que je comptais faire), mais m’a proposé de lire One Day, un livre qu’elle avait beaucoup apprécié. Le lendemain (ou le sur-lendemain, je ne me souviens plus exactement), je me suis précipité à la librairie et l’ai acheté.

Et j’ai bien évidemment commencé à le lire. Pour ceux que ça intéresserait: je n’ai pas eu de problèmes de compréhension – oui, je suis (un peu) rassuré. Mais plus que ça, ce livre m’a vraiment touché. Et je vais (enfin) vous dire pourquoi!

Tout d’abord, j’ai apprécié le format. Chaque chapitre est une année suivant celle du graduation day, le livre s’étalant sur 20 ans. Ce choix permet d’avoir une bonne vue d’ensemble de ce qui arrive dans la vie des personnages, sans trop s’attarder sur des détails insignifiants. C’est original et permet de garder un certain suspens à la fin de certains chapitres (rien d’insoutenable non plus, quand même, ce n’est pas le genre).

Les deux personnages principaux m’ont également conquis. J’ai aimé Emma autant que Dexter. Je me retrouvais dans la première: elle a un côté idéaliste que nous avons tous connus dans notre jeunesse; elle a des rêves qu’elle veut certes réaliser, mais qui restent globalement flous. Le deuxième personnage ne pouvait cependant pas me déplaire: il a une route qui semble toute tracée, on imagine que son futur sera parfait, et on découvre petit à petit des failles. Mais j’ai également détesté les personnages, au fil de la lecture: à force de se chercher, d’essayer de trouver quelle vie leur correspond, ils ne vont nulle part. J’ai eu souvent envie de leur dire « non, pas par là! Non, ne fais pas ça! ». Ça m’irritait passablement; mais finalement n’est-ce pas exactement ce que l’on fait dans notre vie, chaque jour, trop réfléchir, se perdre et se retrouver (parfois)?

L’histoire d’amour – oui parce qu’il y en a une – est bien pensée. Loin des clichés, elle représente une passion étrange, mais loin de la démesure. Finalement, c’est une histoire qui peut nous arriver à chacun d’entre nous, sur la durée. David Nicholls réussit à analyser les relations entre êtres humains, et leur complexité. On tombe rarement sur l’homme ou la femme de sa vie; et si ça nous arrive, le coup de foudre est rare. On trouvera toujours des côtés positifs, des qualités qui nous plaisent, mais des défauts qui pèsent parfois lourd dans la balance. Comment dans ce cas, savoir si la personne est bien the only one? D’autant plus dans ce contexte où ni Dexter ni Emma ne veulent se montrer trop attachés à l’autre, car ce n’est définitivement pas in. C’est aussi dans cette partie de l’histoire que se dévoile une grande partie de la personnalité complexe de nos deux personnages: chacun à sa manière, il fuit le bonheur, tout en pensant l’avoir trouvé.

La réflexion sur les études, et principalement sur ce qui s’en suit, m’a aussi touché. Je ne peux pas être objectif sur ce point: étant au début des mes études universitaires, je me pose beaucoup de questions, et j’ai parfois peur d’être le seul à me « compliquer autant la vie ». Cependant, en lisant ce livre, j’ai pu voir que ce n’était pas le cas: les mêmes questions traversent l’esprit d’Emma, principalement, mais également de Dexter. En suivant leurs aventures, on voit leur cheminement; on comprend comment les envies de la vingtaine ne se retrouvent plus à trente ans, que ce soit par de simples évolutions de notre personnalité ou par les coups du destin, nous menant sur des chemins auxquels on n’avait jamais songé auparavant. Encore une fois, cet enchevêtrement-là, c’est la vie, la vraie; et c’est ce qui m’a séduit dans le livre.

En somme, One Day est un excellent livre. Il nous fait suivre le parcours de deux jeunes représentatifs de leur société: l’un est idéaliste, l’autre plutôt conformiste. Leurs vies futures se dessinent en un nombre innombrable de scénarios différents; et à vrai dire, David Nicholls en explore une grande partie, nous montrant à quel point la vie se joue de nous, parfois. Il réussit à nous faire ressentir une immense sympathie pour ces personnages. Il nous emmène au plus profond de leurs sentiments, et on ne peut que se rendre compte, quand on repose le livre à la lecture du dernier chapitre, qu’on les connaît par cœur – et surtout, qu’on les aime, qu’ils vont nous manquer. En tout cas, ils me manquent, à moi.

« You’re gorgeous, you old hag, and if I could give you just one gift ever for the rest of your life it would be this. Confidence. It would be the gift of confidence. Either that or a scented candle. » (Dexter to Emma)

(Il me semblait que j’avais beaucoup plus à dire quand je lisais le livre, mais maintenant que je suis devant mon écran d’ordinateur, tout s’évapore. Soyez indulgents, c’est ma première chronique; promis, je ferai tout pour m’améliorer.)