Archives mensuelles : juin 2011

The good man Jesus and the scoundrel Christ, de Philip Pullman

The good man Jesus and the scoundrel Christ - Philip Pullman

Titre: The good man Jesus and the scoundrel Christ

Éditeur: Canongate

Date de publication: 2010

Langue: Anglaise

Nombre de pages: 265 pages

Quatrième de couverture (en anglais):

I think of him all the time, and he thinks of me not at all…

This is the story of two brothers. One is impassioned and one reserved. One is destined to go down in history and the other to be forgotten.

In Philip Pullman’s hands, this sacred tale is reborn as one of the most enchanting, thrilling and visionary stories of recent years.

Mon avis:

Ayant adoré la trilogie À la croisée des mondes de Philip Pullman, et ayant lu quelques Sally Lockhart dans ma jeunesse, j’attendais de pouvoir en lire plus de cet auteur, mais peut-être pas au rayon jeunesse, qui ne m’attire plus vraiment. En me promenant dans une librairie il y a quelques semaines, je suis tombé sur ce livre. Et après avoir vérifié ce que « scoundrel » voulait dire, j’ai su que je devais le lire.

Ce qu’il faut savoir sur moi, c’est que mes études m’ont mené à m’interroger sur ma foi. Ne croyez pas que je suis un religieux qui va à la messe tous les dimanches ou autres, loin de là. J’ai tout simplement vécu dans une famille catholique, et tout cela, notamment grâce au catéchisme, m’a forcément marqué. Croire en Dieu, ou en Jésus, est quelque chose de naturel, et que je n’ai jamais vraiment remis en question. Puis avec mes études, j’ai découvert l’autre face de la religion chrétienne: celle qui a su opprimer ceux qui ne pensaient pas comme elle, la facette autoritaire de ce qui ne se présente que comme un bienfaiteur de l’humanité. Puis, mes études en grec, m’ont démontré que la Bible était un texte comme les autres, un texte qui a subi des modifications au cours des siècles, une simple histoire. Et tout ceci m’a bien évidemment fait voir les choses différemment. Je n’étais plus forcément « chrétien », mes croyances sont devenues plus personnelles.

Voilà pourquoi ce livre a attiré mon attention: il me semblait que Pullman ressentait la même chose que moi face à la religion. Et je ne me suis pas trompé.

Mais je cesse ma confession, et je m’attaque au contenu du livre. The good man Jesus and the scoundrel Christ est une réécriture du mythe de Jésus. Dans la plume de Philip Pullman, il n’y a plus un seul personnage historique, mais deux: Jésus, et son frère jumeau, Christ. Le premier est en bonne santé, il est vaillant et extroverti. Le deuxième est plus chétif, plus réservé. Les deux grandissent et vivent ensemble, les deux, d’une certaine manière, vont marquer l’histoire.

Je vais d’abord parler du style de l’auteur. On ne retrouve pas ici une prose aussi imagée que dans ses autres romans. Et c’est tout à son honneur. Le livre ressemble fort aux Evangiles: il est constitué de chapitres très courts, aux titres aussi évocateurs que ceux de la lecture divine; le langage reste simple, tout en étant un peu plus recherché que la Vulgate (et heureusement); pas de fioritures, on va à l’essentiel, à l’action (au sens premier du terme). Certains n’apprécieront pas, mais pour moi, c’est un véritable respect de l’auteur envers la « version originale » du mythe.

Pour ce qui est du contenu, je pense qu’il n’y a pas plus clairvoyant que Pullman. Je citerai la critique de Philip Hensher, présente sur mon édition: « Beautifully written, humane, memorable and resonant ». Il y a beaucoup de références aux Evangiles, la plupart des épisodes sont repris, en y incluant des différences. Je ne pense pas les avoir toutes saisies, n’ayant pas lu la Bible, mais la plupart m’ont marqué, puisque je les connaissais, soit oralement soit en les ayant lus ou traduits. Globalement, elles montrent la différence du caractère entre les deux jumeaux. Jésus ne fait que « son travail », il prêche la bonne foi et l’arrivée du Royaume de Dieu aux hommes, en s’attendant à ce qu’ils fournissent un travail conséquent pour être acceptés au sein dudit Royaume. Ses réponses peuvent parfois décevoir des fidèles quelque peu « paresseux », mais elles restent honnêtes. Quant à Christ, il voit plus loin: il sait que Jésus en demande trop à ses auditeurs. Il aimerait instaurer une religion, une structure complexe, avec un chef suprême, qui pourrait répandre le bien sur Terre. Tout ce que Jésus rejette, en somme. Puis Christ reçoit la visite d’un étranger, qui s’avère être un ange. Celui-ci lui dit qu’il doit continuer à suivre son frère, qu’il doit noter tout ce qu’il prêche, qu’il écrira l’Histoire, tout en précisant qu’il y a une différence entre histoire et vérité. Christ exécutera sa tâche, en appliquant à la lettre le dernier conseil de l’étranger; l’un des passages qui m’ont le plus marqué concerne Pierre:

And Peter said « You’re the Messiah. »

« Is that what you think? » said Jesus. « Well, you’d better hold your tongue about it. I don’t want to hear that sort of talk, you understand? »

When Christ heard about this he hardly knew how to record it for the Greek stranger. (…) Finally, he gatherd himself and wrote down what the disciple had told him, up to the point where Peter spoke. Then a thought came to him, and he wrote something new. Knowing how highly Jesus regarded Peter, he wrote that JEsus had praised him for seeing something that only his Father in heaven could have revealed, and that he had gone on to make a pun on Peter’s name, saying that he was the rock on which Jesus would build his church. That church would be so firmly established that the gates of hell would not prevail against it. Finally, Christ wrote that Jesus had promised to give Peter the keys of heaven.

J’ai pu trouver quelques passages un peu longs, mais à mon avis, ce n’est pas parce qu’ils étaient mauvais, simplement parce que ma culture chrétienne n’est pas assez élargie pour les saisir dans leur totalité. Néanmoins, je n’ai pas réussi à décrocher dès que l’heure de la capture et de la crucifixion de Jésus arrive. C’est ici que Christ joue son plus grand rôle. Je ne vais pas vous le dévoiler, ce serait un trop grand spoiler, mais j’ai trouvé que cette nouvelle vision de la mort de Jésus était étonnante, captivante et touchante.

J’ai également apprécié la note de Philip Pullman à la fin de l’ouvrage, expliquant son ressenti face à cette mythologie chrétienne et nous avouant, d’une certaine manière, sa foi. The good man Jesus and the scoundrel Christ est loin d’être un livre qui se veut contre Dieu. Bien au contraire, il cherche à remettre Dieu au centre des attentions de l’église, à distinguer la figure divine, bienveillante et personnelle à chacun, de la religion qui a été construite autour d’elle, et qui a souvent été source de malheur pour certains (pensons simplement aux affaires de pédophilie qui secouent actuellement le Vatican et son organisation). Pour tout cela, je ne peux qu’admirer cette œuvre, délivrant une vision humaine et touchante de l’histoire de Jésus.

Pour vous le prouver, je vais finir ma chronique sur un passage issu d’un moment de doute de Jésus, qui ne sait plus s’il peut croire en Dieu. C’est poétique, et tout simplement beau. Jugez par vous-mêmes:

« And slander’s what it is; you made this world, and it’s lovely, every inch of it. When I think of the things I’ve loved I find myself choking with happiness, or maybe sorrow, I don’t know; and every one of them has been something in this world that you made. If anyone can smell frying fish on an evening by the lake, or feel a cool breeze on a hot day, or see a little animal trying to run around and tumbling over and getting up again, or kiss a pair of soft and willing lips, if anyone can feel those things and still maintain they’re nothing but crude imperfect copies of something much better in another world, they are slandering you, Lord, as surely as words mean anything at all. But then they don’t think words do mean anything; they’re just tokens to play sophisticated games with. Truth is this, and truth is that, and what is truth anyway, and on and on they go, theese bloodless phantoms. »

(En fait, je pourrais citer bien plus de passages aussi émouvants et touchants que ceux-ci… mais je vais m’arrêter là.)

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[Tag] Sept choses

Dans la blogosphère, il y a les fameux tags. Et voici mon premier 🙂

1. Remercier la personne qui vous a donné ce prix: Eh bien… Thanks Elinor! 😛

2. Mettre le logo sur votre blog:

Sept chosesJe cherche encore le lien avec « Sept choses », mais… c’est pas grave.

3. Mettre le lien vers la personne qui vous l’a envoyé: Vous pouvez lire le blog d’Elinor ici. 😉

4. Dévoiler sept choses sur vous:

  • J’adore la musique. D’ailleurs, au départ, je voulais créer un blog de « critique » musicale; mais je me suis inscrit sur Livraddict entre temps, et l’idéed’un blog littéraire m’a aussi tenté. Soit dit en passant, je n’abandonne pas ma première idée. J’ai plein de choses à dire et à partager sur ma musique, plein d’artistes à faire découvrir, ou mieux, à découvrir. 🙂
  • Je suis un peu geek. En tout cas, je tourne sous Ubuntu à la maison. Et je vais profiter de ces vacances pour installer Ubuntu sur mon netbook également, comme ça je pourrai faire peur aux autres Lettreux, ahah.
  • J’ai tendance à observer les plaques d’immatriculation. Et je les « calcule », quand c’est simple 😛 Par exemple, VD 346 345 va devenir 1 pour moi. Oui, c’est ridicule.
  • J’ai des étagères murales Ikea dans ma chambre. Et j’ai peur qu’elles tombent, elles sont hyper chargées. Et si elles tombent, elles tombent sur mon lit, donc, sur moi, si j’y dors. Bon.
  • J’adooooooore l’anglais. C’est une langue que je trouve vraiment très plaisante à écouter, à parler et à écrire!
  • Mon roman préféré est sûrement Les Liaisons Dangereuses. J’adore la forme du roman épistolaire, il faudrait que j’en lise d’autres. Mais Les Lettres Persanes ne me tentent pas vraiment…
  • J’ai mis beaucoup de temps à trouver une lampe « de banquier », ou encore « de bibliothèque ». Vous savez, les lampes opalines vertes? Je les adore, et ma mère m’en a offert une pour mes 18 ans ❤

5. Nommer sept blogs qui devront faire comme vous:

J’ai hésité, mais je ne tague personne. Je ne sais pas à qui ça pourrait plaire ou pas. Alors si quelqu’un veut le faire, il peut tout simplement le faire. Have fun 😉

6. Mettre le lien des sept blogs:

Bah voilà, quoi… ^^

7. Prévenir les personnes concernées:

Cf. réponse à la question 6.

Lolita, de Vladimir Nabokov

Lolita - Vladimir Nabokov

Titre: Lolita

Éditeur: Folio

Date de publication: 1977

Langue: Française

Langue originale: Anglaise

Traduit par: E. H. Kahane

Nombre de pages: 502 pages

Quatrième de couverture :

Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta: le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Lo. Li. Ta.

Elle était Lo le matin, Lo tout court, un mètre quarante-huit en chaussettes, debout sur un seul pied. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur le pointillé des formulaires. Mais dans mes bras, c’était toujours Lolita.

Mon avis:

Lolita est un livre que j’ai commencé il y a très, très longtemps. Je ne saurais dire exactement quand, mais je sais que quand je l’ai repris cet hiver, j’étais déjà à une centaine de pages lues, et je ne l’ai fini qu’à la fin du mois de mai. Pourtant, je ne peux pas vraiment dire que je n’ai pas aimé ce livre. À vrai dire, c’est beaucoup plus complexe – et je pense que c’est ce que pensent la plupart des lecteurs de ce roman.

Tout d’abord, j’attrape ce livre (qui appartient en fait à ma mère) et je lis la quatrième de couverture. Vous pouvez vous-même juger: n’est-ce pas tout simplement sublime? Le style est somptueux et ces quelques lignes (les premières du roman, d’ailleurs) restent énigmatiques: on y retrouve clairement la passion amoureuse (magnifiquement décrite, tout de même), mais liée à une jeune fille, qui fréquente encore l’école. De quoi titiller l’esprit du curieux que je suis – et qui n’est pas du tout effrayé par ce qu’il pourrait découvrir dans ce livre.

Pour vous faire comprendre l’essence de Lolita, il faudrait que je vous résume l’action le plus rapidement possible. Mais je vous avertis: il va falloir que je spoile. Rassurez-vous, pas beaucoup – je ne vais pas vous raconter toute l’histoire. Le roman raconte, à la première personne, l’arrivée de Humbert Humbert, un homme d’une quarantaine d’années, aux États-Unis, le personnage étant à la base européen. Il est hébergé chez Charlotte Haze, une femme veuve, à peu près du même age que Humbert. Charlotte vit seule avec sa fille, Dolorès, toute jeune adolescente (les Latins diraient adulescentula et ça rend bien l’idée), surnommée Lolita. Et c’est bien celle-ci qui intéresse le plus Humbert.

De fil en aiguille, une relation va se créer entre les deux personnages. Ce n’est d’abord qu’une sorte d’amitié entre un homme et une jeune fille, ne contenant a priori rien de malsain. Puis on assiste à une évolution, qui mènera les deux personnages à devenir amants, bien que Humbert devienne, en quelque sorte, le père de Lolita (mais je ne vous dirai pas pourquoi, vous le découvrirez en lisant le livre!).

La narration est donc axée sur la relation amoureuse qu’entretiennent Lolita et Humbert. C’est bien de la pédophilie: mais jamais Nabokov nous présente Dolly comme une pauvre jeune fille torturée et violée. Bien au contraire, le personnage est intriguant: elle aime se jouer de Humbert, elle-même se jette dans ses bras et sait à peu près ce qui l’y attend. Il n’y a aucun doute, comme Humbert le raconte, que Lolita l’aime. Malgré tout, on sent que l’insouciance de Lolita s’effrite peu à peu; on ne comprend cependant sa tristesse – ou du moins une partie de celle-ci – qu’à la fin du roman, quand tout est joué.

C’est d’ailleurs ce dernier point qui me fait dire que Nabokov est un génie. Je n’ai jamais ressenti du dégoût pour Humbert. Jamais leur relation n’est présentée comme violente ou allant contre la morale. C’est définitivement très perturbant: on apprécie le style, on trouve que les descriptions sont talentueuses et touchantes, mais elles s’appliquent à un acte que notre conscience ne peut pas accepter, à un acte qui est vu comme des plus ignobles par toute la société. Alors, ce livre peut-il être vu comme une défense de la pédophilie? Je ne le pense pas, d’autant plus que plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte que Humbert est définitivement malade (mentalement, entendons-nous). Plus que pédophile, le personnage principal est paranoïaque, et sûrement dépressif.

Avant de terminer, je m’attarderai également sur la question du style de Nabokov. J’en ai déjà parlé, parce que le livre, dans sa traduction française du moins est vraiment sublime et poétique. Certes, certains la trouvent un peu lourde, et on ne peut pas vraiment dire qu’ils aient tort: le traducteur utilise beaucoup de mots « compliqués » et construit des phrases pas forcément évidentes non plus. D’après ce que l’on m’a dit (merci Lau!), le vocabulaire utilisé en anglais est plus sobre; mais il me semble que c’est une constante dans la littérature anglophone, qui dit tout simplement ce qu’elle a à dire, contrairement au français, aimant les constructions plus recherchées. C’est un choix, mais je pense que la nouvelle traduction, datant de 2001, pourrait plaire à un plus grand nombre.

Pour conclure cette chronique, je dirai que j’ai aimé Lolita, même si j’y étais beaucoup plus accroché au début qu’à la fin du roman. L’histoire a parfois tendance à traîner en longueur, on assiste aux mêmes événements, jusqu’à un élément perturbateur qui relancera le périple de Humbert et Lo; puis on retombe dans le même cycle. C’est à peu près le seul point négatif que je lui trouve. Lolita reste cependant une lecture dérangeante et qui pourra ne pas plaire à tout le monde – ce qui est fort compréhensible.